Le jour suivant, nos quittons Latacunga pour nous rendre dans le parc naturel du volcan Cotopaxi.
L Equateur compte 64 volcans dont 6 sont encore actifs.
Le cratère d un volcan actif exhale au minimum et en permanence une fume composée de gazs variés et toxiques élaborés dans les entrailles de la terre ( ça sent fort la dedans !), il crache des cendres plus ou moins incandescentes quand il commence a s emballer et il répand des tonnes de laves en fusion quand il entre en furie.
Les 6 volcans sont surveillés journalièrement comme le lait sur le feu par des spécialistes et leurs instruments pour donner l alarme le cas échéant.
Les 2 grosses dernières colères volcaniques sont récentes : en 1999, le Pichincha a durant plusieurs semaines arrosé Quito d une pluie de cendres froides et en 2000, le Tungurahua est entre en éruption en expulsant des jets de lave en fusion. La ville de Baños, située a proximité du Tungurahua, a du alors être évacuée pendant plusieurs mois par tous ses habitants.
Le Cotopaxi, quant à lui, reste sage pour le moment. Il fume paisiblement du haut de ses 5897 mètres d altitude et un glacier s est formé sur ses pentes jusqu a l extrémité de sa pointe sommitale.
Nous devions camper aux pieds de ce géant au repos, mais Israël, notre guide, a préféré installer nos tentes a l intérieur d une grande cabane pour nous abriter du vent froid de la nuit et de pluies éventuelles. L absence de porte et de fenêtres dans la cabane ne permet toutefois pas d élever beaucoup la température.
Un couple d espagnols, Carmen et Lloret nous rejoignent dans cet abri de fortune en compagnie de leur guide Jaime.
Lloret fête demain ses 50 ans et Carmen lui a offert, pour l occasion, l ascension du Cotopaxi.
Tous deux sont passionnés de montagne et leur métier de pompiers professionnels a Barcelone, leur procure una buena salud.
Néanmoins Carmen est soucieuse sur son état de forme car depuis 2 jours, lance t elle crûment, « estoy constipada ». Ce naturel ibérique pour exprimer ses préoccupations intimes et ses sentiments me laisse admiratif jusqu a ce que je comprenne, quelques minutes plus tard, que l origine de sa maladie est une ballade a cheval sous la pluie au cours de laquelle elle a attrapé un bon rhume. Je note dans mon carnet l adjectif constipado (enrhumé donc) dans la liste de mes faux amis dangereux.
Nous ne rêverons pas beaucoup cette nuit, le froid, l altitude (nous sommes déjà a 4000 mètres) et le sol dur de la cabane nous empêchant d aller visiter Morphée.
Le lendemain matin, le ciel est couvert et une pluie fine nous accompagne lors de toute notre rando autour d une lagune que surplombe le volcan.
En début d après-midi, un anglais de 22 ans Joshua, originaire de l île de White, se joint a nous et nous montons ensemble vers le refuge du Cotopaxi, construit juste aux pieds du glacier a 4810 mètres d altitude.
En effet, après moultes hésitations, je me suis décidé a tenter l ascension du volcan. Marga va rester, quant à a elle, au refuge et s immiscer dans un petit groupe d allemands qui compte s entraîner dans les environs a des manœuvres avec les crampons et les piolets.
Nous passons le reste de l après-midi a discuter avec les guides et a boire abondamment une infusion a base d une plante ramassée dans le parc, qui a pour propriété de diminuer la mal de l altitude.
L altitude, voila notre ennemi. Le corps humain doit s adapter au manque d oxygène. S il n y parvient pas, maux de tête, vomissements, fatigues et essoufflements sont au rendez-vous et la redescente vers le niveau de la mer, le meilleur remède.
Apres un bon repas, extinction des feux a 20 heures dans le dortoir commun du refuge, ou 3 étages de lits se superposent. En ce moment la capacité de 40 couchages est peu utilisée et nous sommes seulement 10 a y passer la nuit. Demain, seules 2 cordées vont se lancer sur les pentes du glacier : celles des 2 espagnols avec leur guide et la mienne avec Joshua et Israël, notre guide.
Réveil a minuit et demi pour le petit déjeuner avant le départ. Cette levée du lit est salutaire pour tout le monde. Les guides nous avaient prévenu, il est inutile de se coucher tôt car personne ne dort (sauf eux) lors d une première nuit a cette altitude. Pour ma part, j ai compté les minutes. Pendant les 2 premières heures mon cœur a battu la chamade et j avais l impression d être en plein footing, puis un mal de tête soutenu a pris le relais pour m emmener jusqu a l heure de la délivrance du lever.
A 1h30, nous avons fini d avaler difficilement le petit déjeuner (pas vraiment faim a cette heure la) et revêtu notre équipement multicouches contre le froid.
Nous quittons le refuge au milieu de la nuit, lampe frontale a la tête, crampons aux pieds et encordés a la ceinture par un harnet. Le ciel est dégagé et clair, bien que de très fins flocons en descendent. Nous apercevons nettement les lumières de Quito à 70 km au nord.
Israël ouvre le pas, suivi par Joshua et moi-même. Je me sens en forme malgré l absence de sommeil mais le mal de tête, qui s est un peu atténué depuis le réveil, continue a tambouriner a mes tempes et me fait m interroger sur mes chances d arriver au bout.
Apres quelques centaines de mètres, le petit sable volcanique sur lequel nous marchons, fait place a une glace tendre, recouverte par 10 centimètres de neige fraîche, tombés pendant la nuit. Cette pellicule de neige au sol a caché les traces des ascensions des jours précédents et gène Israël qui met plus de temps à trouver la voie. Aidé uniquement de sa lampe frontale, il scrute l obscurité et cherche les repères que lui seul connaît au milieu d un champs gigantesque de petits monticules de glace enneigés.
Nous passons 5 heures a monter dans ce décors uniforme jusqu au lever progressif du soleil.
Les flocons de neiges se font plus gros et plus nombreux et un brouillard nous enveloppe alors pendant une bonne heure. Le guide nous indique qu en fonction de l évolution, il envisage un retour anticipé par crainte des avalanches. Il ajoute qu en haut, la vue sera de toute façon complètement bouchée et peu sensationnelle. Je me fais traducteur espagnol-anglais de ces mauvaises nouvelles entre mes 2 compañeros de cordee qui n ont aucune langue en commun. Heureusement que pendant une ascension comme celle du Cotopaxi, on garde sa salive et que les mots sont rares car pour passer de l espagnol a l anglais et vice versa, mon cerveau engourdi mélangeait souvent les vitesses et les engrenages….l esperanto n était pas loin.
Finalement, le temps se découvre soudainement, la neige s arrête de tomber et la visibilité devient parfaite sur l ensemble du glacier. Cette embellie du temps coïncide avec la disparition progressive de mon mal de tête…tout va pour le mieux.
Nous passons au dessus de 3 petites crevasses au milieu des séracs et empruntons une échelle en fer, posée la, afin d atteindre la cime.
Les derniers 300metres d ascension se font dans 30 centimètres de poudreuse sur une pente bien inclinée : le sommet ça se mérite !
Il est 8h40 du matin, voila 7 heures que nous avons quitté le refuge et nous nous trouvons enfin sur le dôme du glacier à 5797 mètres d altitude. La vue est magnifique, tout l horizon est dégagé et nous pouvons apercevoir tous les grands volcans de l Equateur. Au loin, on distingue la silhouette du Chimborazo qui avec ses 6310 mètres d altitude est le point culminant du pays devant le Cotopaxi.
Nous restons une vingtaine de minutes sur le dôme pour profiter de la vue, plonger notre regard dans le cratère fumant du volcan, qui se trouve juste en contrebas et faire quelques photos.
Notre descente durera 4 heures, Joshua les chaussures lourdes de fatigue et de neige collante, tombera a peu près 50 fois sur son postérieure. Le final sera épique car un violent orage chargé d éclairs (le temps change a peu près toutes les demies heures sur ce volcan) nous surprendra 30 minutes avant d atteindre le refuge et nous finirons en sprint avec les crampons sur les 300 derniers mètres. Une allemande, en session d entraînement a 500 mètres de la, aura les cheveux dressés sur la tête pendant quelques secondes au milieu de ce déchaînement électrique.
Ce jour-la, nous serons les seuls a parvenir au sommet, la constipation nasale de Carmen ayant fait renoncer sa cordée après 2 heures d ascension.
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