Amérique du SudLe lendemain, Ernesto, notre guide d un jour, nous emmene de l autre cote de la vallee pour faire une ballade dans le cratere d un ancien volcan, transforme en lac.
2 quebequois se joignent a nous “ nous autres au Quebecq, on aime bien avoir du fun!”.
Pendant tout le trajet auto, Ernesto, qui est un passionne de son pays, nous raconte la vie d ici et termine chaque phrase par “asi es en Ecuador”.
Attention, precise t-il, depuis Christophe Colomb, tout le monde fait la confusion : “ Aqui no somos Indios, somos Indigenas”. L erreur du fameux genois qui en cherchant la route des Indes a decouvert l Amerique, ne doit pas se perpetuer a travers une fausse appelation : ici vivent des Indigenes et non des Indiens.
Autant la population en Colombie est fortement melangee avec des noirs au nord sur la cote caraibe, des descendants directs d espagnols et des metisses dans les grandes villes et des indigenes dans les campagnes, autant elle est tres indigene en Equateur.
La transition a la frontiere est plus que marquee. Ici, les traits physiques et les vetements portent le signe des Andes.
Hommes et femmes sont petits (j ai l air d un geant et Marga devient moyenne, voir moyenne haute me dit-elle), ont la peau marron et attachent, sous leur chapeaux traditionnels, leurs cheveux noirs magnifiques (je suis jaloux) avec une natte.
L habit de la femme est caracteristique : une jupe de grosse laine noire, une paire de souliers en cuir aux talons modestes, des pulls et chales colores et un baluchon derriere le dos pour placer au choix, le dernier ne de la famille ou quelques livres d oignons ou de patates. Une trentaine de colliers en or ornent son coup pour affirmer sa beaute.
Ernesto continue avec ses “asi es en Ecuador” et nous reconte pele mele qu il a ete guide et ami de Simon Trinidad, un des narcos les plus recherches de Colombie, arrete et extrade vers les EU il y 3 mois (il a alors decouvert son visage a la TV et connu sa veritable identite) ; que les aristocrates cravates de Quito sont tous des voleurs corrompus ; que le dernier ministre de l agriculture a disparu avec la caisse 3 jours apres avoir leve une grosse subvention ; que quand l Equateur a renonce a sa monnaie nationale le Sucre (du nom du Marechal, gloire du pays) pour passer au dollar americain ( En Equateur, on paye avec des dollars portant la tete de Hamilton, Washington...) pour soit-disant mieux payer sa dette exterieure, il a comme tous les equatoriens perdus beucoup de pouvoir d achat et d argent, surtout que, comme en Argentine, beucoup de banques ont fait faillite engloutissant du meme coup les economies des gens du peuple et les reduisant a neant.
Il finit en disant qu il aime beaucoup son pays, que dans les Andes tout pousse tres facilement et que tout le monde mange a sa faim.
La ballade nous fait descendre du bord du cratere du volcan jusqu au lac qui se trouve en contrebas. La vue est superbe mais le temps, sec et chaud jusqu alors, commence a changer et a se couvrir. Nous entamons le chemin du retour. Arrivee au sommet, les nuages cachent completement les contours du cratere.
Notre prochaine etape est la ville de Latacunga, situee en plein milieu des Andes, a deux pas du volcan Cotopaxi. Un bus de nuit nous y conduit.
La statue de la Virgen domine Latacunga et aujourd hui, comme pendantles 3 jours prochains, toute la ville va feter et rendre hommage a sa bienfaitrice.
Nous arrivons ainsi en plein carnaval. Un defile est organise, les cuivres repetent inlassablement le meme air entrainant et danseurs et danseuses se croisent sur le pave.
Aux rayons des personnages sympathiques, le porteur de cochon et la vierge noire sortent du lot.
Le premier est un homme maquille qui porte une hotte sur laquelle est accroche un cochon vide de ses entrailles. Sur ce meme animal, sont suspendues une dizaine de bouteilles en tout genre, de bons gros poulets fermiers deplumes et plusieurs kilos de pommes. Le tout doit etre lourd car le brave souffle, sue et grimace.
Heureusement, un acolyte le suit avec un tabouret sur lequel il se soulage de son fardeau toutes les 2 minutes.
Le deuxieme personnage, la vierge noire (mama negra) se distingue par sa bonne tete et son cherubin (cf photos).
Elle se promene a cheval au milieu de la foule et avec une burette, asperge d eau-certainement benite- tous ses admirateurs.
Pour entretenir la bonne humeur, de nombreux verres et louches de breuvages alcoolises sont servis a qui n en veut et a a qui n en veut pas.
Avec Marga, on a ete oblige de se cacher et de fuir pour eviter de boire dans la meme louche que les 200 personnes du quart d heure precedent.
En soiree, un feu d artifice est organise sur la place du village ou 4 grandes tours metalliques de 10 metres de hauteur ont ete installees. Elles ont toutes 4 etages remplis d une multitude de petards et fusees. A leur sommet, se dresse un poulet geant, une etoile ou une fleur artificielle, bourres de coktail explosif.
L etage du bas est mis a feu et la folie peut alors commencer.
La beaute du feu d artifice avec sa dose de couleurs, de lumieres et de sonorites est tout a fait acceptable mais ce qui le caracterise le mieux c est l adrenaline.
Pas question pour le public de regarder distraitement les explosions pyrotechniques car tout manque d attention pourrait etre fatal.
Et pour cause, les tours sont diaboliques, imprevisibles et detraquees. Elles rivalisent de tirs foireux, de fusees explosant trop bas et de jets incandescents mal diriges qui finissent tous sur,ou justes au dessus des tetes, des spectateurs apeures mis ravis par ce jeu dangereux. On voit donc des gens courrir, s ecarter, crier, se frotter et s eteindre mutuellement les epaules, au gres des retombees brulantes.
Marga y a laisse 5 cheveux d une meche ( rien de grave) et mon sens de l esquive m a permis de n etre touche qu a la manche gauche.
Apres le passage de la frontiere, une nuit de halte a Ibarra, une visite du marche indigene a Otavalo et nous voila a Quito, la capitale de l Equateur.
Pendant 2 jours, nous sillonnons le vieux quito ou les colons espagnols ont laisse leur empreinte architecturale et leurs eglises. Les rues en pente conduisent a des places aerees, animees par des precheurs appelant le pecheur a revenir dans le rang ou par des amuseurs publics deguises en mamies jouant la farce.
Nous ne nous attardons pas trop a Quito, lasses un peu par la ville (nous venons de passer 3 semaines a Bogota) et prenons un bus de nuit pour filer vers la cote ou quelques baleines a bosse s attardent encore, accumulant de la graisse dans les euaux chaudes et poisonneuses de l Equatoriales avant de commencer leurs longues migrations vers les courants froids de l Antartique.
Nous ne verrons pas le salto arriere de la femelle, jaillissant hors de l eau pour mieux plouffer en retombant dans la vague car il fallait venir 1mois plus tot, au moment de la reproduction, quand celle-ci cherche a en mettre plein la vue aux males errants et par la meme aux touristes ebahis. Non, nous ne verrons que le dos et la queue de ces baleines a bosse ainsi que leur respiration jaisers.
Leurs copains, les dauphins seront plus cooperatifs et une trentaine de ceux-ci feront des bons autour du bateau pendant une dizaine de minutes.
Un autre spectacle finira de nous combler definitivement : la peche a la sardine des piqueros patas azules, cousins de nos fous de Bassan bretons. Une fois le banc de sardines repere, ces oiseaux forment 2 bataillons aeriens d une centaine d unites. Les 2 bataillons semblent se foncer dessus mais en arrivant juste a la vertical de la cible comestible, ils cassent leur vol et piquent ensemble vers la surfaces comme de grosses pierres folles. Apres 30 metres d une chute libre absolue, ils perforent l eau telle une pluie de meteorites affamees et se gavent des petites sardines aveugles des dangers du ciel.
Notre bateau fera escale un peu plus tard sur la Isla de la Plata, reserve ornitologique, ou nous pourrons observer de pres, le bleu clair impressionnant des pattes (patas azules) du piquero.
Nous restons encore 2 jours a Puerto Lopez, le temps de profiter des plages quasi desertes du parc national Machalilla, d assiter au retour des pecheurs et de flaner le long du bord de mer.
Nous quittons la Colombie, direction l Equateur. Un premier vol en avion nous mene de Bogota a Pasto, ville proche de la frontiere colombienne.
L actualite est chaude entre les 2 pays au point que l Equateur menace d imposer un visa aux Colombiens qui voudraient venir dans son pays et de deposer une plainte devant la juridiction internationale concernant les fumigations de glifosato de son voisin.
La Colombie, elle, reproche a l Equateur de ne pas suffisamment surveiller sa frontiere et de laisser passer des guerilleros des FARC sur son territoire ou ceux-ci trouvent refuge pour preparer leurs actions. De plus, l Etat equatorien refuse de considerer les FARC comme un mouvement terroriste ce qui sous-entenderait selon lui, de prendre partie dans le conflit arme de son voisin et risquerait de l impliquer dans celui-ci.
De son cote, l Eqateur s insurge contre les fumigations de glifosato que son voisin effectue le long de la frontiere commune et qui naturellement se repandent sur ses terres. Le glifosato est un produit tres toxique dont les fumigations ont pour but de detruire les platations de coco servat a elaborer la cocaine.
Evidemment, ce ne sont pas seulement les champs de coca qui sont affectes par ce poison mais tous les sols et les cultures qui le recoivent.
Il est a noter que son emploi n a pas freine les prises de cocaine en Colombie ou depuis le debut de l ennee, tous les records de saisies sont battus
A ajouter a tous ces problemes de bon voisinnage, que Uribe, le president colombien, est un des meilleurs amis de Bush et que Palacio, l actuel president equatorien par interim, se rapproche en ce moment de Chavez, le Venezuelien, vous comprendrez les relations houleuses du moment entre les 2 pays.
pour Marga et moi, le passage de la frontiere a Tulcan fut des plus tranquiles et les douaniers tamponneurs peu regardants.
Bogota a aussi ses charmes. Le mont Monserrate domine fierement le centre de la ville du haut de ses 3150 metres d altitude et l eglise blanchatre construite en son sommet s apercoit de loin. Un wagon tire par un cable nous mene en ce lieu en empruntant une pente vertigineuse. Nous montons alors a pied les derniers metres qui nous separent de l eglise du Señor Caido (Christ tombe) a travers 15 statues representant les diverses etapes du chemin de croix de Jesus.
En entrant dans ce lieu de culte, nous faisons face a la statue du Señor Caido. Elle est la reproduction du Christ agonisant. Celui-ci porte une perruque de cheveux longs naturels.
Etienne qui est venu en Colombie il y a quelques annees et qui a visite ce lieu de pelerinage me demande si la toison du Señor Caido pousse toujours toute seule, miraculeusement, sur sa tete.
Marga bien au fait de la chose, m emmene dans la boutique derriere l eglise pour me montrer les cartes postales-photos attestant du miracle et qui sont habituellement en vente ici.
Ne voyant pas les dites cartes postales-photos avec les differentes longueurs de cheveux, sur les presentoirs, elle demande au vendeur la raison de la penurie.
Celui-ci lui repond qu il est de notoriete publique (maintenant ??), qu un employe change regulierement la chevelure du Señor quand elle vient a s abimer. Nous n aurons donc pas de photos.
Nous reprenons le wagon en chemin inverse et en quelques pas, nous nous trouvons devant la maison de Simon Bolivar, EL LIBERTADOR.
Il est le heros de la Colombie. Vous prenez le nom de De Gaulle en France, vous le transposez en Colombie et vous trouvez autant de monuments, avenues, aeroports, places et colleges a son nom dans tout le pays.
Son histoire abregee est la suivante. Quand Napoleon utilisant la ruse, envahit l Espagne et chasse du trone Fernando VII pour y placer son frere, les colonies espagnoles se revoltent et refusent de reconnaitre ce nouveau souverain illegitime. Deja, Simon Bolivar mene deja plusieurs batailles victorieuses qui conduisent a une pre-independance.Mais sa grande gloire nait quand le monarque espagnole, retrouvant sa couronne suite aux deroutes europeennes de Bonaparte, entend reprendre le controle de ses colonies. Celles-ci ont pris gout a la liberte, aidees en cela par les ideaux de la Revolution Francaise et ne sont pas disposees a revenir sous le joug espagnol.
Fernando VII envoie donc ses troupes pour remettre de l ordre. Les affrontements lors de la Reconquista sont feroces mais Bolivar et ses lieutenenants s imposent petit a petit et le 7 aout 1819, la bataille de Boyaca, remportee par El Libertador, scelle definitivement l independance de la Colombie et la gloire eternelle de son heros.
Neanmoins, son reve fantastique, qui etait de creer la Grande Colombie, c est a dire l unite politique entre le Venezuela, la Colombie, l Equqteur, le Perou et la Bolivie ne verra pas le jour. En 1830, tous ses pays ont pris leur propre independance.
Pour terminer la visite touristique de Bogota, il me faut citer le musee de l or et le musee national, la Candelaria- le quartier colonial espagnol tres bien conserve, et la zona rosa, le coin a bars et restaurants branches de la capitale.
Notre sejour en Colombie touche a sa fin , nous prenons la direction de l Equateur.
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