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La route du sud


Dimanche 13 novembre 2005

 

Je voudrais consacrer quelques lignes a la description de la nuit de ce cote de l equateur. Il convient d oublier le point de vue europeen qui va lui attribuer les mots calme, silence, repos et tranquilite.

En Amerique du Sud, les taxis klaxonnent a toute heure pour vous haranguer (au Perou, 2 voitures sur 3 sont des taxis), les chiens aboient a la lune, les portent claquent a minuit, la femme de menage commence a 5 heures son nettoyage, la patrone de l hotel hurle a son fils de ramener non pas 10 mais 12 oeufs du marche....

Cependant, le comble du comble, l enemi absolu du dormeur, son cauchemar a plume est sans conteste le coq. Son tonitruant chant se fait entendre par intermittence a partir de 2h30 du matin.

Est ce parce qu on en mange tout le temps et a toute les sauces qu il y en a partout ou l inverse (CF l histoire de la poule et de l oeuf)..je ne veux pas developper mais, en tout cas, son chant strident et lanscinant, est horrible.

 

Cette nuit, dans cet hotel, nous avons ete gates. Le proprietaire cumulait un elevage fermier avec un elevage de coqs de combat (activite tres repandue au Perou, Equateur et Colombie) et logeait toute sa basse cour dans le patio de son etablissement. J ai compte, montre en main, a 3 heures du mat, plus de 20 coricocos par minutes. Je suis sur que si j avais eu un compteur de decibels, la norme europeene EU 20-302 etait largement depassee et le recours bruxellois autorise.

Les incontournables boules Quies enfoncees jusqu au tympan n ont pas suffit a attenuer les cris de victoires francaises et on a du attendre l aube pour voire les mines defaites. Les Hollandais qui dormaient dans la chambre voisine ont confirme, l oeuil lourd de fatigue, leur veillee nocturne. Je me suis bien abstenu, en ces moments difficiles,  de leur rappeler que le coq etait l embleme de la France.

Par Sudacas - Publié dans : Perou
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Dimanche 13 novembre 2005

Pour la premiere matinee, notre guide Lucho, nous conduit au bout d un chemin de terre, entre les champs. Soudainement, nous debouchons sur une falaise d une centaine de metres de hauteur. En plein milieu de celle-ci, nous font face les surprenants sarcophages de Karajia, derniers vestiges mortuaires de la culture pre-inca de Chachapoyas.

En ces temps lointains, les hommes enterraient les leurs en les momifiant a l interieur de sarcophages qu ils placaients sur les falaises difficiles d acces, avec vue sur la plaine.

Les cranes de leurs enemis servaient d ornement funebre et etaient poses au dessus des tombes.

 

L apres-midi, nous faisons une longue ballade entre les boucles artificielles de la riviere coulant dans la vallee de Belem. Les lacets innombrables de ce cours d eau furent crees par les hommes afin d irriguer toute la surface en eau pour les besoins de l agriculture.

 

En fin de journee, la nuit nous surprend en meme temps qu une pluie soutenue alors que le guide Lucho est loin devant, avec la mule qui porte nos sacs contenant nos ponchos et nos lumieres frontales. Le final se fait sur une pente boueuse, glissante et dans le noir...suivez le guide.

 

Apres une nuit dans la ferme du coin , entre 4 murs de boue sechee, nous montons en selle ou plutot nous nous callons bien sur le dos d une mule (on nous a vendu une ballade a cheval et Marga se rejouissait de retrouver une de ses disciplines favorites). Pendant toute la journee, cet animal, constament a la recherche d une feuille ou d une brindille a se mettre sous la dent, nous demontrera ses talents d equilibriste a la descente comme a la montee, pour ne pas chuter, glisser et se ramasser ( avec nous le cas echeant) sur une chemin rocailleux, boueux, inonde et franchement impraticable.

La saison des pluies ayant debute dans cette region, nous sommes de nouveau bien rinces en fin d apres-midi. Heureusement, un hotel rustique nous sert de refuge pour passer la nuit.

Par Sudacas - Publié dans : Perou
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Dimanche 30 octobre 2005

Nous disons en revoir a Banos et a ses vapeurs pour filer au sud vers la frontiere peruvienne. Une etape a Cuenca et nous voila a Vilcabamba .

Vilcabamba est un petit village  situe dans la vallee dite des centenaires.

Le climat, la nature et la tranquilite de ce lieux seraient propice a la longevite de ses occupants.Nous faisons escale ici, le temps de feter mes 35 annes revolues et d humer un peu  de cet air porteur de vie durable.

Les proprietaires allemands de la chambre-gite ou nous avons trouve a nous loger, nous offrent meme un gateau d anniversaire avec une grosse bougie.

Ils nous indiquent egalement un autre chemin- different de celui de la route panamericaine qui longe la cote pacifique et que prevoyions d emprunter- pour rejoindre la Perou.

La variante est de continuer plein sud par les Andes pour atteindre la ville de Chachapoya qui est au centre de nombreux vestiges pre-incas encore peu visites.

Cette route est plus longue, peu asphaltee mais plus pitoresque.

Pour cause, pendant les 2 jours complets de voyage, nous ne croiserons aucun touriste mais nous gouterons aux charmes du taxi tout terrain, du microbus surcharge – j avais sur les genoux la tete d un enfant qui allaitait sa mere juste a cote, les rotules dans le dos du voisin de devant et la tete baissee  pour eviter de cogner le toit a chaque orniere du chemin cabosse qui nous servait de route- de la mobylette pousse pousse a 3 roues et pour finir, par le comble de l inconfort avec El Camion.

Pour construire un El Camion, il suffit de prendre un camion deja plusieurs fois centenaires en milliers de kilometres et de fabriquer, a l aide de quelques planches robustes, des bancs et un toit pour acccueillir les passagers, a l endroit ou auparavant se trouvait sa benne.Inutile de chercher les amortisseurs et les suspensions de El Camion, il n en a jamais eus.

Cote douceur, une fine couche de 2 cm de mousse moletonne les bancs.

Quand El Camion commence a devaler la piste defoncee et que, touristes inavertis, vous vous trouvez sur la derniere rangee de banc ( c etaient les dernieres places libres) en prise directe avec les roues arrieres du char d assaut, vous comprenez alors que le grand tabassage fessier ne fait que debuter.

Pendant 2 heures de descente ininterrompue, notre posterieur sera soumis a rude epreuve et la derniere demie-heure sera franchement difficile a vivre. A titre de comparaison, je dirais aux amateurs  de VTT, que cela ressemblait a une descente sur chemin fortement pierreux avec un velo sans suspension et les fesses collees a une selle en bois brut...les secousses se font sentir jusqu aux cervicales.

El Camion nous laisse enfin devant le minuscule bureau de la douane equatorienne pour 2 coups de tampons rapides.

Nous traversons le pont qui enjambe la riviere delimitant la frontiere entre les 2 pays et nous voila au Perou, au milieu d une dizaine de maisonnettes dont le bureau des douanes.

Une fois le visa obtenu, nous sommes heles par un taxi qui n attendait que nous, depuis plus d une heure, pour afficher complet ( 3 personnes devant et 5 derriere dont 2 enfants). Il nous emmene a  San Ignacio, premiere ville peruvienne de ce cote de la frontiere a une heure trente de trajet.

Entre les multiples et appuyes coups de klaxon, destines a faire s ecarter les vaches, les poulets, les chiens et les gens des bourgs traverses, le chauffeur explique a son voisin – Marga a l oreille qui traine- qu il achete son essence du cote equatorien ou plutot qu il fait comme tout le monde, qu il profite de la contrebande organisee dans le coin.

Nous comprenons alors l utilite de tous les bidons vides qui se trouvaient a l arriere de El Camion et qui ont disparu a l approche de la frontiere. Les Equatoriens remplissent  d essence les bidons et jettent ceux-ci dans la riviere, a fort courant, qui continue son cours du cote peruvien.

Leurs collegues contrebandiers les recuperent de l autre cote et les vendent au marche noir avec un large benefice, l essence etant 3 fois plus chere au Perou qu en Equateur.

 

Une nouvelle journee de bus nous mene enfin a Chachapoya ou  a peine arrives, nous nous inscrivons a une rando de 3 jours.

Par Sudacas - Publié dans : Equateur
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Jeudi 20 octobre 2005

A peine redescendus de notre volcan, nous plongeons vers la petite ville de Baños qui, avec ses 1800 mètres d altitude, offre un climat idéal pour nous réchauffer et reprendre des forces.

Baños jouit d un cadre idyllique. Elle est installée sur un plateau, à flanc de montagne et ne peut pas étaler  plus sa superficie. Vue du ciel, sa forme ovale étendue sur 1 km de long et 0.5 de large, est délimitée au nord par une montagne abrupte, à la végétation dense. Au sud une falaise de 20 a 40 mètres de haut tombe dans une rivière boueuse aux eaux chocolat au lait. Une seule et même route longe la falaise et permet d entrer et de sortir de la ville.

Ces éléments de décor pourraient être ignorés si on oubliait de mentionner, qu au-dessus de Baños, rode la silhouette terrible et inquiétante du volcan Tungurahua . Il domine la cité de sa masse énorme a plus de 5000 mètres d altitude.

En octobre 1999 alors que le celui-ci crache depuis plusieurs jours de la lave en fusion, les spécialistes européens chargés de sa surveillance déclenchent le niveau d alerte rouge. Le gouvernement  ordonne alors l évacuation totale de Baños.

Pour les quelques 4000 villageois expatriés de leur foyer, commence une attente stressante. Le volcan qui les a maintes fois effrayé dans le passé, mais toujours épargnés jusqu ici, va t-il détruire leur ville et leurs habitations ?

Nombreux implorent alors Nuestra Señora de Agua Santa, la bienfaitrice de la ville, qui les a si souvent sauvé par ses miracles. La Basilique  dédiée a cette sainte, témoigne de façon originale, des bienfaits apportés par celle-ci à ses habitants.

Sur tous les murs de l édifice, sont suspendues de grandes fresques, peintes comme des bandes dessinées. Un enfant ou un illettré peut facilement comprendre les situations rencontrées par les personnages uniquement au moyen de l image. Si l on souhaite plus d informations, il suffit de lire le  texte manuscrit, placé  en bas du tableau.

On y apprend ainsi qu en 1773, le Tungurahua en colère a détruit les villes de Riobamba située a 30 km à vol d oiseau  et Latacunga, 50 km à vol d oiseau alors que Baños , protégée par la Señora de Santa Agua, fut épargnée (même pour les cartésiens, c est un authentique miracle). D autres tableaux recensent  toutes les interventions de la protectrice : un paysan se trouve pris au milieu des coulées de lave, il monte sur un arbre et implore la Señora. Tout, autour de lui, se trouve calciné sauf son arbre duquel il descend, pour révéler le prodige. Un autre villageois, lors d un incendie dans son quartier d habitation, colle, avant de fuir sa maison en feu, un portrait de la Sainte sur sa porte. Seule sa maison reste debout et intacte après le passage des flammes. Toutes ses histoires sont très marrantes, passionnantes et miraculeuses.

Revenons à l éruption de 1999 qui nous intéresse. Les jours d attente se succèdent, deviennent des semaines puis des mois sans que les prédictions alarmistes ne se vérifient. Certes le Tungurahua envoie toujours du magma en fusion dans les airs mais le périmètre touché est restreint et Baños demeure épargnée.

L impatience commence à gagner les villageois qui supportent de moins en moins bien leur exil forcé. La plupart ont trouvé refuge chez des membres de la famille ou ils comptent les heures. Vous vous voyez sans boulot, plus de 3 mois chez votre mère ou pis chez votre belle-mère ? Au bout de 4 mois, ivres de colère (la belle-mère ça motive) et armés de bâtons, ils forcent les barrages, mis en place par l armée pour empêcher l accès a la ville et reviennent de force dans leur foyer faisant fi de l alerte rouge et des crachats brûlant du Tungurahua.

En 2002 seulement, le niveau d alerte rouge repasse à l orange puis au jaune. Jorge que nous croisons dans un des bains chauds de la ville, nous explique que jamais plus les gens de Baños, n accepteront dans le futur, une évacuation prolongée.

Deux mesures ont toutefois été mises en place. La première est l édification d un pont moderne, à 2 voies, au-dessus de la falaise, ouvrant une évacuation plein sud de la ville vers la montagne désertique d en face. Ce pont est aujourd hui emprunté par quelques paysans accompagnés de leurs chèvres, des flâneurs et des touristes. Sa réelle utilité ne se vérifiera qu en cas d éruption du dangereux volcan.

La deuxième mesure est un exercice annuel d évacuation de la ville au cours duquel tous les habitants doivent fuir selon un plan bien précis.

Espérons en tout cas que la Señora de Santa Agua veillera encore longtemps sur la destinée de Baños car tout séjour dans ce lieu est extraordinaire.

En 5 jours nous aurons enchaîné une descente en rafting sur la rivière aux eaux chocolatées, des ballades superbes vers les miradors du volcan, une rando VTT au milieu des cascades, un bain de nuit dans les eaux en provenance du volcan, chauffées dans ses entrailles et refroidies à 42 degrés ( c est encore très chaud) dans une piscine en plein air, au pied de la falaise.

Une séance de 1 heure de chaud-froid dans des caisses en bois (cajon) recevant de la vapeur brûlante finira de nous faire évacuer nos dernières toxines. Au cours de cette séance, le corps est enfermé dans une caisse. Seule la tête reste a l extérieur, encastrée, façon guillotine, entre 2 planches de bois. Des jets de vapeur brûlante sont envoyés dans la caisse pour nous faire suer abondamment. Toutes les 5 minutes, quand la chaleur devient intenable, une charmante hôtesse vient nous libérer de notre carcan pour nous asperger de bassines d eau très froide. Bien rafraîchis, nous retournons dans notre caisse pour un nouveau tour de vapeur.

Nous avons beaucoup ri pendant cette heure d arrosage passée en compagnie de 3 Français, dont l un, Willy, ne supportait pas du tout d eau froide et hurlait comme un macaque, a chaque bassine déversée sur sa tête par l hôtesse ravie de lui faire autant d effet.
Par Sudacas - Publié dans : Equateur
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Samedi 15 octobre 2005

Le jour suivant, nos quittons Latacunga pour nous rendre dans le parc naturel du volcan Cotopaxi.

L Equateur compte 64 volcans dont 6 sont encore actifs.

Le cratère d un volcan actif exhale au minimum et en permanence une fume composée de gazs variés et toxiques élaborés dans les entrailles de la terre ( ça sent fort la dedans !), il crache des cendres plus ou moins incandescentes quand il commence a s emballer et il répand des tonnes de laves en fusion quand il entre en furie.

Les 6 volcans sont surveillés journalièrement comme le lait sur le feu par des spécialistes et leurs instruments pour donner l alarme le cas échéant.

Les 2 grosses dernières colères volcaniques sont récentes : en 1999, le Pichincha a durant plusieurs semaines arrosé Quito d une pluie de cendres froides et en 2000, le Tungurahua est entre en éruption en expulsant des jets de lave en fusion. La ville de Baños, située a proximité du  Tungurahua, a du alors être évacuée pendant plusieurs mois par tous ses habitants.

Le Cotopaxi, quant à lui, reste sage pour le moment. Il fume paisiblement du  haut de  ses 5897 mètres d altitude et un glacier s est formé sur ses pentes jusqu a l extrémité de sa pointe sommitale.

Nous devions camper aux pieds de ce géant au repos, mais Israël, notre guide, a préféré installer nos tentes a l intérieur d une grande cabane pour nous abriter du vent froid de la nuit et de pluies éventuelles. L absence de porte et de fenêtres dans la cabane ne permet toutefois pas d élever  beaucoup la température.

Un couple d espagnols, Carmen et Lloret nous rejoignent dans cet abri de fortune en compagnie de leur guide Jaime.

Lloret fête demain ses 50 ans et Carmen lui a offert, pour l occasion,  l ascension du Cotopaxi.

Tous deux sont passionnés de montagne et leur métier de pompiers professionnels a Barcelone, leur procure una buena salud.

Néanmoins Carmen est soucieuse sur son état de forme car depuis 2 jours, lance t elle crûment, « estoy constipada ». Ce naturel ibérique pour exprimer ses préoccupations intimes et ses sentiments me laisse admiratif jusqu a ce que je comprenne, quelques minutes plus tard, que l origine de sa maladie est une ballade a cheval sous la pluie au cours de laquelle elle a attrapé un bon rhume. Je note dans mon carnet  l adjectif constipado (enrhumé donc) dans la liste de mes faux amis dangereux.

Nous ne rêverons pas beaucoup cette nuit, le froid, l altitude (nous sommes déjà a 4000 mètres) et le sol dur de la cabane nous empêchant d aller visiter Morphée.

Le lendemain matin, le ciel est couvert  et une pluie fine nous accompagne lors de toute notre rando autour d une lagune que surplombe le volcan.

En début d après-midi, un anglais de 22 ans Joshua, originaire de l île de White, se joint a nous et nous montons ensemble vers le refuge du Cotopaxi, construit juste aux pieds du glacier a 4810 mètres d altitude.

En effet, après moultes hésitations, je me suis décidé a tenter l ascension du volcan. Marga va rester, quant à a elle, au refuge et s immiscer dans un petit groupe d   allemands qui compte s entraîner dans les environs a des manœuvres avec les crampons et les piolets.

Nous passons le reste de l après-midi a discuter avec les guides et a boire abondamment une infusion a base d une plante ramassée dans le parc, qui a pour propriété de diminuer la mal de l altitude.

L altitude, voila notre ennemi. Le corps humain doit s adapter au manque d oxygène. S il n y parvient pas, maux de tête, vomissements, fatigues et essoufflements sont au rendez-vous et la redescente vers le niveau de la mer, le meilleur remède.

Apres un bon repas, extinction des feux a 20 heures dans le dortoir commun du refuge, ou 3 étages de lits se  superposent. En ce moment la capacité de 40 couchages est peu utilisée et nous sommes seulement 10 a y passer la nuit. Demain, seules 2 cordées vont se lancer sur les pentes du glacier : celles des 2 espagnols avec leur guide et la mienne avec Joshua et Israël, notre guide.

Réveil a minuit et demi  pour le petit déjeuner avant le départ. Cette levée du lit est salutaire pour tout le monde. Les guides nous avaient prévenu, il est inutile de se coucher tôt  car personne ne dort (sauf eux) lors d une première nuit  a cette altitude. Pour ma part, j ai compté les minutes. Pendant les 2 premières heures mon cœur a battu la chamade et  j avais l impression d être en plein footing, puis un mal de tête soutenu a pris le relais pour m emmener jusqu a l heure de la délivrance du lever.

A 1h30, nous avons fini d avaler difficilement le petit déjeuner (pas vraiment faim a cette heure la) et revêtu notre équipement multicouches contre le froid.

Nous quittons le refuge au milieu de la nuit, lampe frontale a la tête, crampons aux pieds et encordés a la ceinture par un harnet. Le ciel est dégagé et clair,  bien que de très fins flocons en descendent. Nous apercevons nettement les lumières de Quito à 70 km au nord.

Israël ouvre le pas, suivi par Joshua et moi-même.  Je me sens en forme malgré l absence de sommeil mais le mal de tête, qui s est un peu atténué depuis le réveil, continue a tambouriner a mes tempes et me fait m interroger sur mes chances d arriver au bout.

Apres quelques centaines de mètres, le petit sable volcanique sur lequel nous marchons, fait place a une glace tendre, recouverte par 10 centimètres de neige fraîche, tombés pendant la nuit. Cette pellicule de neige au  sol a caché les traces des ascensions des jours précédents et gène Israël qui met plus de temps à trouver la voie. Aidé uniquement de sa lampe frontale, il scrute l obscurité et cherche les repères que lui seul connaît au milieu d un champs gigantesque de petits monticules de glace enneigés.

Nous passons 5 heures a monter  dans ce décors uniforme  jusqu au lever progressif du soleil.

Les flocons de neiges se font plus gros et plus nombreux et un brouillard nous enveloppe alors pendant une bonne heure. Le guide nous indique qu en fonction de l évolution, il envisage un retour anticipé par crainte des avalanches. Il ajoute qu en haut, la vue sera de toute façon complètement bouchée et peu sensationnelle. Je me fais traducteur espagnol-anglais de ces mauvaises nouvelles entre mes 2 compañeros de cordee qui n ont aucune langue en commun. Heureusement que pendant une ascension comme celle du Cotopaxi, on garde sa salive et que les mots sont rares car pour passer de l espagnol a l anglais et vice versa, mon cerveau engourdi mélangeait souvent les vitesses et les engrenages….l esperanto n était pas loin.

Finalement, le temps se découvre soudainement, la neige s arrête de tomber et la visibilité devient parfaite sur l ensemble du glacier. Cette embellie du temps coïncide avec la disparition  progressive de mon mal de tête…tout va pour le mieux.

Nous passons au dessus de 3 petites crevasses au milieu des séracs et empruntons une échelle en fer, posée la, afin d atteindre la cime.

Les derniers 300metres d ascension se font dans 30 centimètres de poudreuse sur une pente bien inclinée : le sommet ça se mérite !

Il est 8h40 du matin, voila 7 heures que nous avons quitté le refuge  et nous nous trouvons enfin sur le dôme du glacier à 5797 mètres d altitude. La vue est magnifique, tout l horizon  est dégagé et nous pouvons apercevoir tous les grands volcans de l Equateur. Au loin, on distingue la silhouette du Chimborazo qui avec ses 6310 mètres d altitude est le point culminant  du pays devant le Cotopaxi.

Nous restons une vingtaine de minutes sur le dôme pour profiter de la vue, plonger notre regard dans le cratère fumant  du volcan, qui se trouve juste en contrebas et faire quelques photos.

Notre descente durera 4 heures, Joshua les chaussures lourdes de fatigue et de neige collante, tombera a peu près 50 fois sur son postérieure. Le final sera épique car un violent orage chargé d éclairs (le temps change a peu près toutes les  demies heures sur ce volcan) nous surprendra 30 minutes avant d atteindre le refuge et nous finirons en sprint avec les crampons sur les 300 derniers mètres. Une allemande, en session d entraînement a 500 mètres de la, aura les cheveux dressés sur la tête pendant quelques secondes au milieu de ce déchaînement électrique.

Ce jour-la, nous serons les seuls a parvenir au sommet, la constipation nasale de Carmen ayant fait renoncer sa cordée après 2 heures d ascension.

Par Sudacas - Publié dans : Equateur
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