Amérique du SudNous quittons définitivement le désert du nord du Chili, le semi-désert (il pleut trois fois par an) de la Serena pour nous retrouver à Valparaiso.
La ville qui est nichée sur plusieurs collines faisant face à la mer, a beaucoup d attraits.
Pendant 4 jours, nous nous perdons dans toutes ses rues en pente, ses passages étroits et ses innombrables escaliers.
Nous empruntons pour le plaisir ses vieillots ascenseurs funiculaires, implantés à Valparaiso a la fin du 19eme siècle début du 20eme et qui lui ont donné sa célébrité.
Ce qui seduit le plus ici, c est le chaos architectural des rues et des maisons. Rien n est ordonné, rien n est ressemblant. On a l impression que le mot d ordre a été : il est interdit formellement de copier sur son voisin.
Chacun a construit sa demeure selon ses goûts et ses humeurs et chaque mur, chaque toit, chaque jardinet est unique.
Vertes, jaunes, oranges, bleues, avec grandes fenêtres, avec ou sans balcons, en tôles, en bois ou en briques, sur 1, 2 ou 3 étages, les maisons s autorisent toutes les effronteries.
Le tout, préservé du tourisme de masse, reste très naturel et bohème.
Ajouter à cela, une pension chez l habitant avec un propriétaire charmant et affable, qui vous sert au petit déjeuner des crêpes chaudes, des salades de fruits maisons (les fruits au Chili sont délicieux, gorgés de sucre et de soleil) et du pain de Pasqua de sa recette (le pain de Pasqua, pain de Paques, est une sorte de cake aux raisins). ... notre séjour a Valpo, comme on dit ici, nous a ravi.
Si vous viviez dans le désert, sous des températures élevées, aux pieds de l océan et que le littoral n était qu une longue et interminable plage de sable, vous iriez certainement faire trempette le plus souvent possible pour vous rafraîchir. Les Chiliens ne sont pas différents des autres hommes et pourtant il n y a presque personne dans l eau bien que les plages soient bien fréquentées.
Quel est le mystérieux monstre marin, l algue polluante ou la méduse vénéneuse qui les en empêchent ? Non l explication est moins pittoresque.
En fait la raison de cette défiance unique s appelle le courant de Humboldt. Ce courant fameux de ce coté la du globe, prend naissance dans les eaux glacées de l Atlantique et remonte tout le long de la cote ouest de l Amérique du sud. Il caresse ainsi les cotes depuis le sud du Chili jusqu au nord de l Equateur.
La température moyenne de l eau est ainsi de 13 degrés environ et ce toute l année. le soleil cuisant n y changera rien.
Ce courant froid qui rebute les plus courageux nageurs ( je me suis enfoncé jusqu aux genoux et Marga, l audacieuse, a tout mouillé pendant une seconde) fait le bonheur de toute une faune aquatique.
Dans ses eaux froides, riches en oxygène et en plancton, une multitude de poissons en tout genre s ébattent joyeusement, attirant baleines, dauphins, lions de mer, pélicans, mouettes, pingouins de Humboldt (le découvreur du courant a donne son nom au courant et aux pingouins.
C est bien couvert et sous un ciel grisâtre, toujours de mise le matin dans cette contrée, que nous embarquons dans une petite barque de pêcheurs pour visiter la réserve naturelle protégée autour de l île de Damas.
Nous sillonnons les eaux de celle-ci au milieu de rochers abritant des colonies de lions de mer peu farouches et odorants et des pingouins beaucoup plus méfiants.
A 3 occasions, un banc d une vingtaine de dauphins, dit à nez de bouteille, surgit non loin du bateau. Ils sont en train de chasser en bande.
Au bord du rivage de l île, 2 loutres batifolant entre les algues, nous montrent leurs museaux pointus.
Depuis Iquique, nous prenons un bus local qui nous laisse aux portes de la ville de Humberstone en début d après-midi.
Humberstone est plantée en plein milieu du désert. Aucun arbre, aucune vie a des kilomètres aux alentours. Nous empruntons une de ses rues principales pour nous rendre dans sa piscine en plein air ou nous espérons trouver un peu de fraîcheur.
Le bassin a des proportions olympiques. Un plongeoir de deux étages le surplombe et une tribune couverte s élève à ses pieds, offrant aux familles venues surveiller leurs bambins, une ombre bienfaitrice.
Nous laisserons nos maillots de bain au vestiaire...il n y a pas un chat dans la piscine et pour cause son bassin est à sec.
Nous continuons à déambuler dans Humberstone et apercevons l église, qui attire notre attention. Nous poussons ses portes et laissons notre regard s égarer à l intérieur.
Les bancs en bois faisant face à l autel sont vides. Pas un seul fidèle en train de prier le Seigneur et de lui demander ses grâces, ce qui est plutôt rare en Amérique du sud, continent qui ne manque pas de pratiquants.
Lors des visites du théâtre, du marche couvert, de l hôtel et de la place centrale nous ne feront pas plus de rencontres. Si, juste deux touristes allemandes jouant à cache cache dans la billetterie du théâtre.
En fait Humbertsone est une ville fantôme comme il en existe beaucoup dans le nord du Chili.
Sa population l a abandonnée petit a petit, suivant en cela le déclin de l exploitation du salitre.
La ville a été délaissée définitivement en 1960, date à laquelle son dernier habitant est parti.
Tout est intact dans cette ville, tout existe pour y vivre normalement. Il lui manque seulement ses habitants et une raison, pour eux, à venir y vivre.
Vers 1870, on découvre que du salitre (auparavant on utilisait le guano venant de la cote un peu plus au nord) on peut extraire du nitrate pouvant servir comme explosifs ou engrais pour l agriculture. L Europe et les Eu sont alors demandeurs en grande quantité de ce minerai. Des villes se forment en un temps record et dans tout ce no man s land, on attire des travailleurs. On a besoin de bras forts pour casser, éclater, soulever et ramasser ces énormes pierres qui renferment le précieux salitre. Dans les usines dangereuses et nocives de transformation du salitre en nitrate, la main d oeuvre est également recherchée.
Des procédés chimiques beaucoup plus rentables sont découverts par des chercheurs allemands peu de temps après la première guerre mondiale. Ils commencent à rivaliser avec le salitre chilien exporté à cette époque dans le monde entier et qui procure alors la moitié de sa richesse au Chili.
Il engraisse aussi l Angleterre, propriétaire de plus de la moitie des capitaux investis dans les exploitations.
La demande en salitre se tarit inexorablement conduisant à la fermeture progressive des villes créées comme des champignons uniquement pour ramasser le minerai riche en nitrate.
Aujourd hui les villes fantômes, ou seul le vent fait grincer les portes et claquer les fenêtres, font penser à des décors de western en manque d acteurs et ses usines délabrées, rouillées, tombent doucement en décrépitude. L épopée du salitre est belle et bien terminée.
Nous piquons alors vers le nord dans un bus de nuit, direction Iquique, principale ville portuaire de la region.
Au matin, nous nous rendons au marche des pecheurs. Les poissons sont directement écaillés et découpés en filet a meme le port, sur des étales en bois.
Le coup de couteau est rapide, précis et le fier poisson aux écailles luisantes et a la queue coupante, se transforme en un rien de temps en filets parfaits et appétissants, prets a la vente.
Cette activité devient un spectacle vivant, quand d imposants pélicans, de petites mouettes rapides et une colonies de lions de mer rondouillards se battent pour attraper les abats et les queues des poissons , que les pecheurs jettent dédaigneusement a l aveuglette derriere eux, dans la jetée du port, au fur et a mesure de leur découpe.
Les mouettes sont de loin les plus efficaces pour se saisir au nez et a la barbe des 2 autres especes, du plus grand nombre de morceaux.
Le pélican ,placé derriere les etales et pataud comme l a déja dit le poete, réussit a ingurgiter seulement les pieces qui lui arrivent directement dans le bec...il a donc une strategie de positionnement pour calculer ou le pecheur va en lancer le plus.
Le lions de mer se bousculent en contrebas, dans l eau. Un bon emplacement, la gueule ouverte est egalement le meilleur gage de réussite pour avaler le maximum de pieces.
Enfin tout ce qui tombe a coté des becs et museuax de ces 2 especes et immédiatement et adroitement attrapé, par une pluie incessante de mouettes bagareuses qui se font la chasse entre elles des que l une d elle a dans son bec un morceau.
Nous avalons un cebiche de poisson et une assiette de pinces de crabes citronnées a la fin de cette visite du marché. Le Chili et ses 4 000 km de cotes, nous ouvre ses filets et ses casiers de peche pour nous faire découvrir ces plats de poissons et de crustacés.
Le Chili est divisé en 12 régions, numérotées en chiffres romains de I a XII, a laquelle s ajoute la région métropolitaine de Santiago.
Les régions I et II forment un immense désert dans lequel, quelques rares villes, cotières pour la plupart, ont poussé.
Pourtant depuis la fin du 19e siècle et encore maintenant, plus de la moitié de la richesse nationale du Chili, provient de cette partie arride de son territoire.
Ce n est pas de son sol sec, sabloneux, brulé en permanence par un soleil de plomb (il ne pleut presque jamais, ce désert est le moins arrosé au monde), impropre a tout développement de l agriculture et a l émergence de toute végétation, que le Chili a tiré ses ressources mais bien de son sous-sol, véritable réserve de minerais en tout genre.
Tout d abord le salitre. Son exploitation naissante est a l origine de la guerre avec la Bolivie et le Perou (les régions I et II étant les terres conquises par le Chili suite a la guerre dite du Pacifique). Suivent le cuivre, l or, l argent, l uranium et maintenant le lithium...tout est bon a ramasser.
Casque rouge, chemise a manches longues et pantalon obligatoire étaient exigés au départ de la visite de la mine de Chuquicamata.
Cette mine de cuivre, la plus grande au monde, detenu a 100% par l etat chilien ( c est plutot rare, elles appartiennent toutes a des groupes aux capitaux étrangers, surtout américains) fait la fierté du pays et lui rapporte des devises, surtout quand, comme c est le cas depuis 3 ans, les cours du cuivre s envolent suite a la colossale demande de l économie chinoise, boulimique en minerais.
Nous serons en fait tres décus par la visite, gratuite il faut le souligner, de Chuquicamata.
Nous montons dans un bus qui nous emmene apres 20 minutes sur un promontoire avec tribune, d ou nous pouvons observer a loisir, un va et vient de camion aux proportions gigantesques, chariant depuis le fond de la mine, le minerai jusqu a son sommet.
Le trou de cette mine a ciel ouvert a tout d un cratere tellement l exploitation de celle-ci a été et continue a etre intensive. Chaque jour on creuse un peu plus bas pour atteindre la couche de cuivre et le trou devient un un peu plus profond
D ailleurs, plus on s enfonce plus le cout des camions et de leur consommation en essence, pose un probleme pour la rentabilité de la mine.
Ces monstres gloutons en essence doivent zigzaguer sur ses pentes et parcourir quelques 850 mètres de denivele pour deverser leur cargaison dans l usine de traitement située au sommet de la mine.
Meme avec un cours du cuivre au plus haut, les experts ont calculé qu au dela de 1 km de profondeur, la mine ne sera plus exploitable dans les memes conditions.
Apres 20 minutes de visionnage du balai de camions, le monsieur qui nous sert de guide nous demande de remonter dans le bus. Il nous débite 300 chiffres sur la mine pendant que le bus nous achemine vers la sortie. La visite est terminée. Cela ne valait pas un Potosi.
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